Interview de Charlotte Paumel / Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)

Portrait de Psychomotricien

Charlotte Paumel aide les adolescents à se réapproprier l’image de leur corps.

Anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique… Les troubles du comportement alimentaire (TCA), aussi appelés « troubles des conduites alimentaires », ont un impact considérable sur la vie et la santé physique et psychique des personnes qui en souffrent.

Ces troubles concernent essentiellement des adolescents (90% des personnes malades ont entre 15 et 25 ans), et principalement des adolescentes (90 à 95% des personnes malades sont des filles). Avec de 5 à 10 % de décès à terme du fait de complications somatiques, ou de suicides, ces troubles représentent un véritable enjeu de santé publique.

Les troubles majeurs de l’image du corps (distorsions perceptives, insatisfaction corporelle…) ; leur influence sur la gravité et la pérennisation des troubles ; leurs valeurs diagnostique et pronostique sont de mieux en mieux mises en évidence dans diverses recherches. Ces constats légitiment toujours plus la place essentielle du psychomotricien dans le dispositif de soins.

Charlotte Paumel est psychomotricienne diplômée d’État depuis plus de 15 ans. Elle commence son parcours en psychiatrie de l’adolescent et en neurologie avant de se recentrer sur la pédopsychiatrie. Elle rejoint alors un centre médico-psychologique (CMP) pour enfants et adolescents tout en poursuivant sa pratique dans plusieurs unités de la clinique psychiatrique soins-études pour adolescents/jeunes adultes. En parallèle, elle obtient une Licence de psychologie (2008) et le double diplôme du MIP/TE[1] (2014) qui lui permet de développer une expertise de recherche.

Son intervention auprès de patients atteints de TCA commence toujours par une réflexion en équipe sur la base d’un bilan qu’elle a affiné au fil des années (notamment dans la cadre de son mémoire du MIP). « Il peut y avoir une réticence des jeunes patients à être suivis, ou encore du déni, surtout en début de maladie. Il est important d’établir un lien thérapeutique avec eux et de voir où ils en sont avec leurs symptômes », explique-t-elle. À l’issue de cette évaluation, sur la prescription du médecin et si le patient est d’accord, elle entame un suivi, généralement individuel, parfois en groupe.

Elle propose à ses patients différentes expériences corporelles afin de leur permettre de réajuster et d’enrichir les représentations de leurs corps. Pour cela, elle utilise des techniques thérapeutiques personnalisées appelées « médiations ». Elle se souvient d’une jeune patiente qui avait fait un grave épisode d’anorexie. « Elle était passée par un amaigrissement extrême ce qui avait nécessité un parcours de soins intensifs sur les aspects somatique et psychiatrique. Elle arrivait dans le service avec un poids correct qui lui permettait de ne plus être en danger », raconte Charlotte Paumel qui lui propose alors la danse comme médiation. Loin de vouloir lui faire réaliser une chorégraphie parfaite, elle a en tête de l’encourager à aller chercher quelque chose de plus émotionnel, de plus spontané. Pour cela, elle n’hésite pas à faire travailler sa patiente les yeux fermés ou le corps enveloppé dans des tissus. Au cours des séances, ces différentes propositions vont permettre à cette patiente de ressentir ses limites corporelles, son squelette, sa tonicité. Au fur et à mesure, la patiente réussit à se réapproprier son corps sur un registre sensori-moteur, comme le fait l’enfant. Elle retrouve une perception plus ajustée de son corps, de ses sensations, de ses proportions. Quelques mois après le début de la prise en charge, la jeune fille a repris du poids. « Elle n’est pas encore stabilisée, mais retrouve du plaisir à manger, bouger… et accepte désormais son corps tel qu’il est », confie-t-elle. 

Charlotte Paumel a rejoint depuis quelques mois le service universitaire de pédopsychiatrie du Centre Intercommunal de Créteil dans le Val-de-Marne, tout en conservant son activité au sein de la clinique Médicale et Pédagogique Dupré, à Sceaux, qu’elle a rejoint il y a 17 ans après y avoir fait un de ses stages de 3ème année. Parallèlement, elle continue d’avancer sur l’objet de sa recherche : un protocole d’évaluation des représentations du corps pour les adolescents/jeunes adultes. Sa recherche lui a permis de proposer notamment une Modélisation Psychomotrice des REprésentations du CORps (M-PRECOR), qui a fait l’objet de publication scientifique et est transmise dans le cadre de ses enseignements. Elle cherche à approfondir ses résultats exploratoires, avec des collègues chercheurs auxquels elle s’est associée, sous l’égide d’un laboratoire de recherche. « Nous comparons des profils de représentation du corps en fonction des pathologies pour avoir une sorte de repérage à partir du corps, ce qui va aider par la suite au diagnostic », conclut-elle. Pour les résultats, il faudra attendre un an.

Clinicienne, chercheuse et enseignante, cette psychomotricienne passionnée intervient au sein de la formation initiale et continue à l’ISRP.

[1] À l’ISRP, les titulaires du DE de psychomotricien peuvent suivre le double cursus duMIP (Máster Internacional en Psicomotricidad) et duTE (Titre d’Expert en psychomotricité). Le MIP est co-délivré par l’ISRP et l’Université de Murcia (Espagne) dans le cadre des traités européens. Il ouvre la voie vers un cursus universitaire, à un niveau Doctorat par exemple. Le TE est un titre professionnel à référentiel européen reconnu par l’État français (RNCP en Niveau 7 des nomenclatures française et européenne) offrant de nouvelles perspectives professionnelles.