Interview de Laura Dias Da Silva / Stress Post-Traumatique

PORTRAIT DE PSYCHOMOTRICIEN

Attentat, prise d’otage, accident de la route, violences physiques, sévices sexuels, vol à main armée, incendie, burnout…

Tous ces événements sont dits « traumatisants », car ils apparaissent de façon brutale, inhabituelle et violente dans la vie de la victime, entraînant un sentiment de stress intense, d’horreur et d’impuissance. Ils provoquent notamment des symptômes d’intrusion (la victime souffre de cauchemars, flash-backs et pensées intrusives), d’hypervigilance (la victime vit dans un état d’alerte quasi permanent) et/ou encore d’évitement (la victime va jusqu’à souffrir d’amnésie post-traumatique). Chez de nombreuses personnes, ces blessures invisibles, autant psychiques que corporelles, occasionnent une souffrance qui va persister de quelques jours à quelques semaines avant de s’atténuer.

C’est ce que l’on appelle un état de stress aigu. Chez d’autres, elles peuvent entraîner un état de souffrance chronique dit « état de stress post-traumatique » (ESPT). Si rien n’est fait pour les aider, les conséquences pour leur santé et leur équilibre peuvent être irréversibles.

L’intervention du psychomotricien auprès des victimes de stress post-traumatique

La profession de psychomotricien se développe dans le dispositif de prise en soin des victimes de psychotraumatisme et de l’état de stress post-traumatique en complémentarité des psychothérapies verbales et cognitives, et des traitements médicamenteux. La profession est citée par le ministère comme partenaire des Centres de Ressources & de Résilience suite au Rapport de Françoise Rudetzki (2017) et est notifiée dans le Plan Burnout. 

Légitime, la profession doit désormais faire la preuve de son efficacité pour poursuivre son développement auprès des personnes en souffrance, victimes, notamment en intégrant les Cellules d’Urgence Médico-Psychologique (CUMP) et centres de soins. Laura Dias Da Silva, comme quelques psychomotriciens, en a fait sa mission.

Laura Dias Da Silva, psychomotricienne engagée auprès des patients et de la profession

Curieuse, passionnée et engagée, Laura a choisi de faire progresser les connaissances et les pratiques de la profession dans le champ complexe du stress post-traumatique. Depuis sa formation initiale, projet après projet, elle observe, questionne, propose, évalue, approfondit sans relâche, tant le sujet est vaste et les enjeux importants.

Dans le cadre de son mémoire de Diplôme d’État de psychomotricien, Laura s’intéresse à la question de la douleur[1]. Au travers de son expérience sur le terrain, elle étudie l’apport d’une prise en charge psychomotrice basée sur l’eau et la méthode de relaxation psychosomatique et psychomotrice de G.B. Soubiran pour amener le sujet en souffrance à vivre et à percevoir autrement son corps.

Elle enrichit ses études autour de la question de la douleur avec le double cursus universitaire et professionnel du MIP/TE[2] qui lui permet de s’ouvrir à d’autres champs de compétences (formation, prévention, enseignement) et à la dimension internationale de la profession. Dans son mémoire de MIP/TE, elle s’intéresse aux sapeurs-pompiers, une cible touchée par des troubles psychocorporels liés à leur métier (stress, troubles du sommeil, Troubles Musculo-Squelettiques, etc.)[3]. C’est le point de départ de sa réflexion autour du psychotraumatisme : au travers d’une recherche-action et d’observations au sein d’une caserne, elle évalue la tonicité et la capacité de ces professionnels à accéder à un relâchement psychocorporel en dehors des temps d’intervention sur leur lieu de travail et propose un protocole expérimental basé sur la relaxation. Cette recherche novatrice portant sur la prévention et l’optimisation nécessaire de la condition psychocorporelle des sapeurs-pompiers est primée par la Fondation Pour la Recherche en Psychomotricité et Maladies de Civilisation (FRPMC).

Laura poursuit sa recherche sur les sapeurs-pompiers dans le cadre d’un Master II en STAPS en s’attachant cette fois à étudier les moyens d’optimiser leur performance face à l’effort et la douleur[4]. Comment gérer leurs tensions et leurs états de stress tout en restant opérationnel psychocorporellement ? Dans ce nouveau volet de recherche associant observations et littérature sur l’hypnose, l’imagerie mentale, la relaxation, la douleur et le psychotraumatisme, Laura souligne l’intérêt de la suggestion hypnotique pendant la production de l’effort (par exemple, leur parler de légèreté plutôt que de lourdeur) et l’influence potentielle des exercices d’imagerie mentale dans la recherche d’optimisation de performance des sapeurs-pompiers.

Au côté de sa recherche et de sa pratique, Laura participe en 2018 à la création de l’« Association Psychomotricité et Psychotraumatisme » (associationpp.fr) en lien avec le Projet Extra-Académique « Psychomotricité et Psychotraumatisme » de l’ISRP dont elle est la tutrice. La mission : contribuer au développement, à la recherche et à la diffusion des connaissances relatives aux soins psychomoteurs dans la prise en soin du psychotraumatisme.

L’avenir ? Laura envisage un doctorat en psychologie orienté vers l’accompagnement du psychotraumatisme chez l’enfant. Elle souhaite proposer un protocole novateur, psychomoteur, psychocorporel, concis, rapide d’application dans la prise en soin post-immédiate auprès d’enfants ayant vécu un évènement à potentiel de stress et de traumatisme.  Ce protocole, sous forme pédagogique de transmission, pourrait être alors, dans un futur idéal, utilisé par les professionnels du psychotraumatisme ou encore les sapeurs-pompiers.

Ayant à cœur de transmettre sa curiosité, son savoir et savoir-faire aux futurs professionnels, Laura intervient au sein de la formation initiale et continue de l’ISRP.


[1] « Quand la douleur s’installe au sein de la conscience corporelle ; Approche psychomotrice et médiatrice du sujet douloureux chronique », 2014.

[2]  Le Máster Internacional en Psicomotricidad (MIP) est un diplôme co-délivré par l’ISRP et l’Université de Murcia (Espagne) dans le cadre des traités européens. Il ouvre la voie vers un cursus universitaire, à un niveau Doctorat par exemple. Le Titre d’Expert en psychomotricité (TE) est un titre professionnel reconnu par l’État français (RNCP en Niveau I de la nomenclature française des niveaux de formation, Niveau 7 de la nomenclature européenne) offrant de nouvelles perspectives professionnelles.

[3] « Influence de la prise en soin pluridisciplinaire, dont la psychomotricité par le biais de la relaxation, sur les répercussions socioprofessionnelles de la douleur liée aux troubles musculo- squelettiques chez les pompiers professionnels », 2017.

[4] « Effets des techniques hypnotiques “de suggestion” sur la performance et la perception d’un effort douloureux au sein d’une caserne », 2018.